Corentin Le FlochCorentin Le Floc’h (1754‑1794)

Un laboureur lignolais devenu député aux États généraux

Corentin Le Floc’h occupe une place singulière dans l’histoire de Lignol. Né dans une famille de laboureurs aisés, il devient l’un des rares paysans bretons élus députés aux États généraux de 1789. Son parcours, à la fois rural et politique, illustre les bouleversements de la Révolution française jusque dans les campagnes du Morbihan. Son engagement lui coûtera la vie : il est assassiné par les Chouans en 1794. Aujourd’hui, une place du bourg porte son nom, rappel discret mais essentiel de son rôle dans l’histoire locale.

🌱 Origines et vie familiale

Corentin Le Floc’h naît le 31 janvier 1754 à Lignol, au sein d’une famille de laboureurs relativement aisés. Ses parents, Joseph Le Floc’h et Guillemette Le Boutier, exploitent des terres et disposent d’un patrimoine agricole solide.

Installé au manoir de Canquizern, Corentin Le Floc’h mène une vie de propriétaire exploitant. En 1773, il épouse Marie Robic, avec laquelle il aura trois filles. Son statut social, bien que rural, le place parmi les notables locaux capables de représenter la communauté villageoise.

🏛️ Élection aux États généraux de 1789

Le 22 avril 1789, à la veille de la Révolution, Corentin Le Floc’h est élu député du Tiers état de la sénéchaussée d’Hennebont, obtenant 104 voix sur 174. Il fait partie des quatre seuls députés paysans bretons envoyés à Versailles.

Son arrivée à l’Assemblée nationale attire l’attention :

  • il porte son costume breton traditionnel,
  • gilet blanc bordé de lisière,
  • grande veste,
  • cheveux longs noués,
  • sabots remplacés par des souliers pour l’occasion.

Alors que la majorité des députés adopte la tenue noire réglementaire, Le Floc’h conserve son habit rural, symbole de son origine et de son authenticité.

Il signe le Serment du Jeu de Paume et siège à gauche, dans le camp réformateur. Les archives indiquent qu’il reste discret dans les débats, probablement en raison d’une maîtrise limitée du français, le breton étant sa langue quotidienne.

🏡 Retour à Lignol et engagement municipal

Après la session des États généraux, Corentin Le Floc’h revient à Lignol où il poursuit son engagement public. En septembre 1791, il est élu maire de la commune, succédant à son frère François.

Son mandat se déroule dans un contexte tendu :

  • application de la Constitution civile du clergé,
  • serment obligatoire des prêtres,
  • tensions entre partisans de la Révolution et opposants royalistes.

Le Floc’h soutient activement les prêtres assermentés, ce qui lui vaut l’hostilité croissante des Chouans, très présents dans la région.

⚔️ Assassinat par les Chouans (1794)

Dans la nuit du 8 au 9 novembre 1794, un groupe de Chouans mène une série d’actions violentes dans la région. Ils assassinent d’abord les prêtres constitutionnels Allanic et Jollivet, puis se rendent au manoir de Canquizern.

Corentin Le Floc’h est fusillé à bout portant devant sa famille. Son assassinat est directement lié à son engagement révolutionnaire et à son soutien aux prêtres ayant prêté serment.

Il meurt à 40 ans, laissant derrière lui une famille, une exploitation, et une trace durable dans l’histoire de Lignol.

🕊️ Mémoire et héritage

Aujourd’hui, la place Corentin‑Le‑Floc’h, au cœur du bourg, rappelle son rôle dans l’histoire locale. Son parcours est emblématique d’une période où les campagnes bretonnes ont été profondément traversées par les idées nouvelles, les conflits religieux et les affrontements politiques.

Corentin Le Floc’h demeure l’une des figures lignolaises les mieux documentées de la période révolutionnaire.

📚 Sources principales

  • Archives départementales du Morbihan
  • Éric Miniou, Corentin Le Floch : laboureur et député de la sénéchaussée d’Hennebont aux États généraux de 1789, CRBC, 1999
  • Registres paroissiaux et d’état civil de Lignol
  • Travaux historiques sur les députés paysans bretons de 1789
Corentin Le Floch.
Corentin Le Floch.